En 2008, à mon retour à Bruxelles, j’ai du poids en trop. Je dois me remettre au sport. Ma copine traductrice MC me dit qu’elle s’est mise à la course à pied et qu’elle souhaite faire la Parisienne en septembre 2008. Elle s’y est mise très sérieusement en achetant le matos qui va bien et tout, en faisant le programme Start to Run qu’elle finit par m’envoyer.
Je débute en mars 2008 le programme pour courir 5 kms. Il est trop tôt pour se lancer sur le 20 kms cette année. Ce sera donc pour l’année 2009.
Si vous avez bien tout suivi, vous savez que l‘édition 2009, je n’ai pas pu la courir car j’étais blessée et que mon doc du sport m’en avait dissuadée. Je l’ai donc marchée. Ce fût une superbe expérience et inconsciemment, je crois que j’ai mémorisé et aimé tout le parcours en me disant que tôt ou tard, j’aurai ma revanche et pourrai les courir.
Mars 2010 arrive, je m’inscris avec la joyeuse équipe de CAF. Cela fait longtemps que je n’ai pas suivi d’entraînement régulier et construit. 8 semaines avant la date, je ressors du placard le plan d’Eric 2009 et c’est parti avec un objectif raisonnable pour moi (qui ai toujours un bobo quelque part) de 2h30. Comme vous le savez, je vais le suivre quasi religieusement parce que je ne suis pas une aventurière, moi! Et puis, j’ai une tendinite au fascia lata droit en dépit de laquelle j’ai décidé de continuer à m’entraîner coûte que coûte.
LA COURSE
Avant de prendre le départ, j’appelle mon copain pour lui dire que je démarrerai sans doute vers 15h30 et que donc, je devrais, si tout va bien, arriver vers 18h. Je lui dis surtout de ne pas venir m’accueillir à l’arrivée s’il pleut des trombes d’eau. C’est pas parce que je me tape des délires de sportive que je dois absolument l’obliger à venir me voir et être trempé jusqu’aux os... Disons qu’une fois, ça suffit (cf la Ladies Run 2009)! Je coupe alors mon portable, branche mon Ipod et mets mes écouteurs sur les oreilles. Je veux faire ma course alors je dois me préparer à la faire seule (mais avec tant de coureurs, l’est-on jamais...)
Le coup de feu est donné, je passerai la ligne de départ à 15h22 exactement et paf, j’enclenche le chrono. Je pars doucement avec Pascale et Maria, mais mes jambes ont envie de courir et j’ai envie de voir où elles peuvent m’emmener après 8 semaines sérieuses de prépa.

Donc, je les quitte dès la Rue de la Loi et le premier kilomètre. Je me sens bien avec ma musique dans les oreilles, le ciel s’est éclairci comme par magie et je sens que j’ai le moral au beau fixe. Et les kms défilent. Je craignais les pavés sur le trajet entre le Palais Royal et le Palais de justice, mais tout se passe nickel. J’ai ma petite bouteille de sirop Teisseire sport (merci Calou !) et je bois quelques gorgées parce que franchement, il fait vite chaud quand on court!
Avenue Louise entre le km 3 et le km 6: 3 tunnels qui, au départ, me font un peu peur, mais ils descendent bien et à chaque partie de descente, je me lâche. Mon cardio est bon. Je suis cool. Lors des remontées des tunnels, je m’accorde à chaque fois une minute de marche et j’ai bien fait parce que cela me permet de repartir de plus belle. Je fais même le 5è km à 10,2 kms/h. Je vous avais dit que je n’avais pas arrêté de décision quant à "Cyrano-pas Cyrano" et je me dis que tant que je suis bien, je ne me coupe pas dans l’élan et je ne marcherai que quand c’est nécessaire.
Au km 6, on entre dans le Bois de la Cambre. J’ai des mauvais souvenirs de course dans ce bois et je sais aussi qu’il y a un peu de dénivelé. Mais il faut bien y passer de toutes façons. Entre le 6 et le 7, je vois Sophie que je pensais avoir laissée partir loin devant dès le départ. Je lui demande comment elle va et comme elle se sent bien, je décide d’ôter mes écouteurs et de faire la suite de la course avec elle. Je suis étonnée de pouvoir être à plus de 8 kms/h et de pouvoir discuter avec elle facilement. Mon GPS ne donnera pas du tout les mêmes distances que son accéléromètre, mais nous passons le km 10 et le tapis de chrono en 1h13’50. Je me dis que ça augure bien pour un chrono final de 2h30.
Sophie m’explique que si elle arrive à passer sous les 2h30, son mari lui offre une nouvelle paire de runnings. Je garde tout le temps cette idée à l’esprit pour nous motiver. Vers 1h23, on se dit que Marianne a dû passer la ligne d‘arrivée (les cafeuses du jour comprendront !) et à 1h25, Calou aussi.
Entre le 10è et le 12è km, ça monte encore un peu et à partir de la Chaussée de la Hulpe (entre 12 et 13), ça commence à bien descendre. Je dis donc à Sophie qu’il faut en profiter pour lâcher les chevaux car dans ma tête, je visualise très bien la côte de Tervuren qui va nous couper les pattes à coup sûr. Mais, mon genou commence à couiner au km 13 et j’ai un peu faim et surtout une soif d’enfer. Je sors mon premier morceau de pain d’épice de la journée et le mange sans marcher. Il va me redonner le coup de fouet que je souhaitais. Le prochain ravitaillement en eau est loin après celui des boissons isotoniques (que je ne prendrai pas tellement je trouve ça sucré). Il arrive au 15è km, vers le carrefour Hermann Debroux. Nous sommes légèrement en train d’accuser le coup, Sophie et moi, du boulevard du Souverain qui est long et apparemment plat mais pas tant que ça.
Au-delà du 15è km, c’est l’inconnu pour Sophie vu qu’elle n’a jamais couru une distance plus longue. Alors, je sens que tout à coup, elle commence à ressentir de la fatigue. Mon coup de boost au pain d’épice a bien marché. Je me sens encore bien en forme. J’essaie de lui redonner un coup de fouet (il y a toujours les nouvelles runnings au- delà de la ligne d’arrivée!) et là, c’est moi qui me dis en passant le 16è (que de nouveau, comme dimanche dernier, je ne vois pas) que là, aussi pour moi, l’inconnu commence.
Or, la semaine dernière, je suis partie en reconnaissance du deuxième 10 kms et du coup, au-delà du 16è, je n’ai pas du tout d’appréhension vu que je me souviens parfaitement de tous les écueils qui m’attendent jusqu’à l’arrivée. A l’angle du Bd du Souverain et de l’Avenue de Tervuren, je préviens Sophie que d’ici peu, on va entrer dans le dur, le "vraiment dur" de tout le parcours. Je visualise très bien quelle est la partie de la côte qui m’avait semblée la plus ardue la semaine dernière, donc je me lâche sur la partie d’avant (et du coup, je lâche aussi Sophie) et en dépit d’un début de côte, je cours le plus vite que je peux. Puis, je me mets à marcher trois minutes parce que je sais que de toutes façons, courir à cet endroit me crèverait plus qu’autre chose sans avoir d’impact sur ma vitesse moyenne.
Sophie ne s’est pas arrêtée de courir et elle me rattrape pendant que je marche, mais sans vouloir parler pour elle, je sens qu’elle est fatiguée et qu’elle force. Une fois que mes pulsations sont bien redescendues, je lui dis que je me remets à courir et je relance. Là, les kms 19 (8,5 kms/h) et 20 (9 kms/h) vont défiler assez vite.

L’Arche est là bien devant moi, mon cardio est un peu haut, je décide de ralentir car je sais qu’il reste une petite côte et quelques mètres en pavé avant de franchir le tapis d’arrivée. Sur la dernière ligne droite avant le parc, je croise Lolotte en sens inverse et je lui envoie mon plus beau sourire pour bien lui signifier que tout va bien. Et à l’entrée du parc, les quelques derniers mètres, je veux les faire en sprintant quitte à voir le cardio s’envoler. Je les ferai finalement à 10 kms/h environ, à 204 de FCM.
Je passe la ligne d’arrivée avec un petit frisson de plaisir, pas du tout d‘envie de pleurer et une pensée pour Mme T. comme je le lui avais promis. Simplement heureuse d’avoir réussi mon pari avec moi-même. Et là, je vois que mon copain est là de l’autre côté de la barrière. Il m’a prise en photo sur le sprint final et peu après l’arrivée. Je sais aussi qu’il est fier de moi.
Selon le chrono officiel, j’ai parcouru environ 20,36 kms en 2h30 et 59 secondes (temps inscrit sur mon diplôme) avec une vm de 8,11 kms/h. Je considère donc mon objectif atteint.
Je récupère ma médaille et là, je vois Sophie arriver qui me dit très vite qu’elle ne se sent pas bien. On va rejoindre tout le monde au vestiaire, on se congratule ou se console mutuellement et je dis à bientôt à tout le monde. Je suis surtout profondément triste de savoir que Calou a été tellement mal en point sur le deuxième 10 kms et qu’au final, elle a franchi la ligne juste une minute avant moi. Si j’avais su, j’aurais eu une raison supplémentaire pour speeder et la rejoindre pour passer la ligne d’arrivée avec elle. Du coup, quelques instants, j’ai trouvé ma joie indécente. Excuse-moi Calou, mais en même temps, je sais que tu me comprends...
Et mon copain et moi rentrons à pied à la maison. Je n’ai pas eu le temps de m’étirer après la course, alors je me dis que ces petits kms de marche ne peuvent me faire que du bien. Je suis contente, je suis bavarde comme une pie, je refais la course dans ma tête. Et surtout, je me dis que modestement, à mon échelle de petite coureuse sans prétention, j’ai réussi à courir la course mythique (pour moi) des 20 kms de Bruxelles. Et je suis fière de moi.
Conclusion: le plan a été efficace. Cela ne sert effectivement à rien de parcourir en entraînement toute la distance avant le jour J, mais j’ai bien fait de faire au moins 16 kms en sortie longue. Là où je crois que j’ai été assez "fute-fute", c’est de faire le deuxième 10 kms en reconnaissance. A aucun moment, je n’ai eu peur ou je n’ai dû faire appel à mon mental pour tenir jusqu’au bout, je n’ai pas vraiment eu de coup de mou à part un petit creux au 13è km.
Du coup, la distance ne me fait plus du tout peur. Tellement plus peur que je viens de m’inscrire aux 20 kms de Paris le 10 octobre pour faire un we CAF à la capitale (ceci me donnant aussi l’occasion d’aller y voir mes meilleurs amis et mon frérot).
Dites donc, pas facile d’écrire un compte-rendu de course. Je suis sûre que j’ai oublié pleins de choses... Et déjà au moins merci à tous ceux qui m’ont soutenue et encouragée pendant ces dernières semaines.
PS: vous remarquerez que je ne me suis pas apesantie sur mon genou. Je remercie la pluie d’avoir fait la grève pendant quasi toute la course et d’avoir même permis au soleil de se montrer par moments. En revanche, depuis hier soir, je ne peux pas faire comme si je n‘avais pas de genou droit... Donc, maintenant, repos CAP. Reprise du VTC mercredi ou jeudi si le temps le permet et on verra pour la suite... La page des 20 kms de Bruxelles 2010 est tournée, ça me fait déjà tout bizarre...
PPS: en faisant des calculs savants, je m'aperçois que si le parcours avait effectivement fait 20 kms tout rond, je terminais en 2h28... Dommage! Next time!

